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4,95$
ISBN : 978-2-9819122-0-6 (papier) / 978-2-9819122-1-3 (EpuB)
Textes et illustrations par : Amélie Lebeau
Nombre de pages : 200.
Format : 5 x 8 pouces.
Reliure : Allemande
Année de parution : 2020
Tout au long de notre existence, nous transportons des choses de toutes sortes avec nous. Et généralement, ce fardeau ne nous appartient pas. Mais à force de le trimballer, nous finissons bien souvent par croire qu’il fait partie de nous.
Dans une Voie lactée où l’humanité est en pleine expansion, Elena Castel choisit ce métier. Travailleuse indépendante, elle transporte des marchandises pour les colonies abandonnées dans des systèmes solaires éloignés, aux limites de l’inconnu. Par son travail, des pirates qui veulent s’en prendre à son chargement, elle connaît. Mais aujourd’hui, Castel semble faire face à un rival à sa hauteur. Cette rencontre inattendue la poussera à faire des choix téméraires. Ses décisions la mèneront vers des aventures captivantes qui ébranleront les fondations sur lesquelles repose sa réalité, auparavant immuable.
Ce court récit vous introduira dans un univers de science-fiction où l’humanité n’a plus de limites. Sauf celles qu’elle s’imposera. Si elle le veut.
Je décidai de laisser mes yeux darder courageusement Brennan. Il ressemblait aussi aux trois derniers. Bâti comme un vaisseau mineur, compact et puissant. Il avait de grandes épaules et un cou aussi large que sa tête. Il portait un manteau et des vêtements de coton, des matériaux typiquement utilisés par la classe ouvrière. Il devait sans doute lui aussi venir d’une colonie planétaire, peut-être que ses parents étaient de la Coalition ou du Cercle?
La présence de ces gens me mettait mal à l’aise. C’était aussi visible chez les autres clients qui restèrent : ils se tortillaient sur leur chaise et jetaient des coups d’œil furtifs et méfiants en direction des nouveaux arrivés. Même le barman semblait un peu plus coincé, ses gestes, beaucoup plus hésitants, son rire, beaucoup plus forcé.
Tout en patientant pour mon repas, je décidai d’écouter la conversation que le hors-la-loi tenait avec le barman pendant que celui-ci préparait ses verres.
— T’as l’air de quelqu’un sympa, toi. Tu pourrais peut-être me rendre un p’tit service?
Le barman força un sourire poli.
— Vous, les barmans, vous savez toujours plein de choses, n’est-ce pas?
— Oui…
— Alors j’ai une question pour toi, mon ami.
— Hmmm, marmona-t-il, peu charmé par l’attitude « amicale » de son interlocuteur.
— Qui est la dernière personne à avoir utilisé le terminal ici?
Bordel, c’était moi, ça. J’avalai de travers, le liquide étouffant aussitôt ma respiration. Je recrachai ma gorgée en toussant. Les deux hommes se tournèrent momentanément vers moi. Ce n’était pas le temps de m’incriminer. Le barman pinça ses lèvres, son regard revenant sur le hors-la-loi. Il rassembla son courage et dit :
— Pourquoi?
— Oh, non, mon ami, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Je pose les questions. Tu réponds. Pigé?
Le barman déglutit nerveusement. Brennan soupira d’impatience en grattant sa barbe poivre et sel. Il ouvrit son manteau et glissa quelque chose sur le comptoir. Un jeton de crédit. Sans doute de la monnaie obtenue frauduleusement. Ne me balance pas, toi! Toutefois, le regard du barman traîna sous le manteau et non vers le petit jeton. Malheureusement, je ne pouvais pas voir ce qui attirait son attention d’où j’étais.
Une cloche sonna, mon repas était prêt. Le barman profita de cette occasion pour couper court à la conversation. L’air coupable, il m’observa brièvement, avant de se rendre à la cuisine. Les sourcils relevés, je le suppliai des yeux de ne rien dire. Embarrassé, il détourna le regard. Quelques instants plus tard, il déposa l’assiette et Brennan l’interpella de nouveau, toutefois, le hors-la-loi avait troqué son ton amical pour quelque chose de plus intimidant.
— Hey. Tu devrais le prendre. Et parler. Crois-moi, c’est dans ton intérêt. Je n’aime pas me répéter, dit-il en mettant le doigt sur le jeton et en le poussant dans la direction du barman.
Le battement de mon cœur s’interrompit. Ça ou le temps venait de s’arrêter. Mes yeux ne pouvaient quitter les lèvres du barman. Ce dernier soupira.
— C’est elle, dit-il en me pointant du menton.
J’aurais voulu fondre dans le plancher, disparaître de là. Le regard glacial de Brennan fut suffisant pour m’empêcher de me liquéfier sur place. Ses yeux déferlèrent comme une avalanche prête à s’abattre sur moi. Il m’offrit un large sourire. Le genre de sourire dentelé et menaçant que le prédateur offre à sa proie juste avant de lui sauter à la gorge.
— Salut.
Je baissai les yeux rapidement. Il ne fallait pas qu’il y lise la terreur qui m’habitait. Je me forçai à fixer les pois chiches qui couronnaient mon assiette en tentant de donner l’impression d’être calme.
Le barman était parti vers la cuisine sans rien dire. Le pirate amorça une conversation à laquelle je n’avais pas la moindre envie de prendre part :
— Ça a l’air bon, ça.
Mes yeux toujours rivés sur mon repas, je gardai le silence. Lui, non.
— Profitez-en bien, on ne sait jamais quand ce sera notre dernier repas, dit-il avec froideur cette fois.
Ça ne servait à rien de rester au comptoir, le barman ne m’était d’aucune aide. Je me levai et mon regard survola le prédateur. Il me sourit et en levant son verre, il dit :
— Santé.
Va te faire voir.
Ce n’est pas comme si j’aurais eu le cran de le lui dire en plein visage de toute façon. Cet enfoiré venait de me menacer et je n’avais aucune idée pourquoi. Je quittai le comptoir pour aller m’asseoir à une table le plus loin possible de lui. Je tentai de m’y rendre avec une démarche confiante, mais mes jambes tremblotantes menaçaient de se dérober sous mon poids à chaque pas.
Ce genre d’individu s’attaquait habituellement à ceux qui les craignaient et je ne voulais pas être sa prochaine proie. Quoiqu’avec ces menaces, je l’étais sans doute déjà.