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4,95$
ISBN : 978-2-9819122-6-8 (papier) / 978-2-9819122-8-2 (EpuB)
Textes et illustrations par : Amélie Lebeau
Nombre de pages : 230.
Format : 5 x 8 pouces.
Reliure : Allemande
Année de parution : 2021
Rien d’exceptionnel, une mission de routine, comme dans le bon vieux temps… Quelle connerie!
Ancien collaborateur d’Elena Castel, le capitaine Virgil Gunnar, de l’Alliance, semble pris dans une situation épineuse. Il demandera de l’aide à Castel pour une simple mission d’extraction. Celle-ci, croyant s’être enrôlée dans un contrat facile, comprend qu’apparemment, l’Alliance cache plus d’un secret à l’ombre de son empire. Un secret bien enfoui qu’Elena ne tenait pas tout à fait à déterrer…
Elle se retrouve ainsi sous les ordres d’un chef de commando sans merci et jumelée à des Sur-mesures imbus d’eux-mêmes. Les alliés ne courront pas les rues durant cette escapade extraterritoriale.
Castel devra faire de son mieux pour prouver sa valeur, éviter la catastrophe et survivre à cette aventure dans les tréfonds. Là où même les rayons des étoiles ne peuvent inspirer l’espoir.
Je me suis tournée vers ce Wren, le soldat qui m’avait saluée, pour lui demander s’il était présent pour le briefing du capitaine Virgil Gunnar. Il acquiesça d’un signe de la tête. Ce qui fut confirmé par l’arrivée de Virgil lui-même.
Il était habillé de son uniforme gris pâle, et sur le fond boisé du décor, cela le mettait en valeur. Tous les soldats de la pièce se levèrent pour accueillir son entrée. La salle tomba dans un lourd silence.
J’étais demeurée assise, ne connaissant visiblement pas les coutumes militaires de l’Alliance. Hésitant trop longtemps avant de me lever, au moment où j’allais le faire, tous les militaires s’étaient déjà rassis. Je vécus un court moment de malaise, mais personne ne semblait me reprocher ma bévue. J’étais invisible pour eux.
Virgil semblait très stressé, des cernes d’insomnie pochaient le bas de ses yeux bleus. Sapristi, les Sur-mesures pouvaient avoir des cernes? Ses cheveux châtains n’étaient pas aussi proprets qu’à l’habitude et des repousses discrètes de barbe couvraient le bas de son visage. Je le trouvais particulièrement beau comme ça, plus humain, mais selon les standards de perfection des Sur-mesures, c’était un laisser-aller plutôt flagrant. C’était la première fois que je le voyais dans cet état.
Il s’installa à la petite tribune et en serrant le petit meuble avec ses mains crispées, il laissa son regard parcourir les différents visages présents devant lui. Je me demandais s’il connaissait bien tous les gens présents. Son regard s’arrêta sur moi. Je m’attendais à ce qu’il me sourie, qu’il soit content de me voir, mais son visage était totalement neutre et indifférent.
Je me suis adossée à ma chaise, pour prendre tout le recul que je pouvais me permettre. Pendant un instant, j’avais l’impression que je n’avais plus aucune idée dans quoi je m’étais embarquée en acceptant l’offre de Virgil. Je frottai mes mains nerveusement sous la table. Qu’est-ce que je faisais ici, est-ce que je venais encore de faire un choix regrettable? Non, Virgil ne me ferait pas le coup, quand même.
Le capitaine commença alors son discours.
– Vous avez été convoqués ici pour une mission d’extraction dans les territoires du Cercle Des Mineurs.
Les soldats étaient attentifs et silencieux. Tout était si formel. Habituellement, l’ambiance était beaucoup plus décontractée lors des briefings avec des travailleurs autonomes pour leur contrat.
Je jetai un dernier regard sur l’ensemble de la salle pour confirmer mes craintes : j’étais vraiment la seule et unique civile. Virgil poursuivit :
– Il s’agit d’une extraction de personnel scientifique et de matériel de recherche sur la planète océanique Liepmann. La mission demande la plus haute discrétion puisque les dirigeants du CDM ne sont pas au courant de la station camouflée dans les fonds marins de Liepmann.
Une planète bleue apparut à l’écran entourée d’information que je ne pris pas le temps de lire.
– Depuis la révolution et notre perte de contrôle sur le territoire, cette équipe de chercheurs s’est faite discrète pour ne pas attirer l’attention.
Virgil prit une grande inspiration et poursuivit :
– Les chercheurs sont en fait des archéologues qui ont travaillé, isolés depuis plus d’une quinzaine d’années, sur des artéfacts trouvés au fond de l’océan… Nos uniques communications avec eux étaient des rapports écrits et cryptés. Nous avons perdu le contact avec eux depuis plusieurs jours et nous ne savons pas pourquoi. Les hypothèses sont multiples : attaque pirate, coupure du système, attaque de groupes radicaux…
Je fis une moue en me demandant pourquoi il ne faisait pas tout simplement une demande de rapatrier les chercheurs. Les vestiges, la plupart du temps, n’étaient que des petits fragments inertes de bâtiments ou structures d’une civilisation qui avait vécu bien avant nous. C’était rare d’en trouver suffisamment pour reconstruire quoi que ce soit.
C’était très étrange que l’Alliance fasse des pieds et des mains pour retrouver ces scientifiques… et ces artéfacts.
– Nous devons évacuer sept chercheurs.
Sept visages sont apparus à l’écran derrière Virgil. C’était des photographies gouvernementales très formelles : sans sourire et sur un fond blanc. Trois d’entre eux étaient des femmes et les quatre autres, des hommes. La plupart devaient être dans la trentaine, sauf un, un Sur-mesure au visage sévère; il semblait être le doyen du lot. Ils avaient tous l’air particulièrement sérieux. Ce qui me frappa était que deux des hommes se ressemblaient énormément, c’était à croire qu’ils étaient frères.
– Ces photos datent de 15 ans. Vous devez identifier et ramener ces chercheurs sains et saufs. Il est impératif de rapporter leur matériel de recherche et de les ramener sur le territoire de l’Alliance le plus rapidement possible.
Virgil mit l’accent sur les quatre derniers mots. Quinze ans, leur apparence aurait définitivement changé depuis. Il continua son monologue :
– Vous devrez vous rendre sur la station Huuran, en périphérie du territoire de l’Alliance, pour récupérer le transporteur de ligne et vos dix vaisseaux d’escorte légers.
Les vaisseaux en question sont apparus à l’écran. Le vaisseau de transport qui m’était destiné était un modèle D-Fly. J’en avais déjà piloté dans le passé, c’était une embarcation polyvalente.
– Vous avez 24 heures pour réaliser la mission. Les vaisseaux sont enregistrés comme transporteurs indépendants et les escortes, comme vaisseaux de chasseurs de primes. Ce sera votre couverture une fois dans les territoires du CDM. Hors des territoires de l’Alliance, vous répondrez aux commandes de Jensen Mox, il sera votre chef d’escouade pour le reste du mandat. Les deux piliers de la mission sont célérité et discrétion, nous ne souhaitons pas créer de catastrophe diplomatique.
Je sursautai. Attends une minute… « escouade »? Si on parle de dix vaisseaux d’escorte, pourquoi est-ce qu’il y avait une dizaine de soldats de trop dans la salle? Je ne m’étais jamais engagée à faire du transport militaire. J’évitais ces genres de contrats comme la peste, je ne voulais pas alimenter des conflits en réalisant du transport de troupes. Je n’aimais pas où tout ça s’en allait. Virgil croisa les bras et demanda :
– Des questions?
Denis Wren à mes côtés leva la main. Virgil lui donna la parole d’un signe de tête. Il posa la question qui me brûlait les lèvres :
– Et pourquoi nous ne rapatrions pas tout simplement les chercheurs, le CDM n’a aucune raison valable de refuser ça?
– Le Cercle Des Mineurs pourrait refuser. Le fait de ne pas avoir dévoilé cette station de recherche est, d’un point de vue légal, plutôt complexe.
Illégal, il voulait dire. Dans quel bourbier est-ce que tu m’as entraînée, Virgil?
– Ils sont restés cachés lors de la rébellion afin de se protéger, pour ne pas être emprisonnés ou, pire, exécutés. Nous n’avons jamais été en mesure de les évacuer lorsque nous avons retiré nos forces à la fin de la rébellion.
L’homme à mes côtés semblait accepter la réponse de Virgil beaucoup trop facilement. Ce n’était pas le cas pour moi, j’avais l’impression de m’être bien fait rouler. Je voulais vérifier une dernière information auprès de lui avant de réellement me mettre en colère. J’essayai de m’exprimer le plus calmement possible :
– S’il y a dix vaisseaux d’escorte, pourquoi sommes-nous si nombreux?
Virgil souleva les sourcils, embêté par la question. Il tenta de garder sa rectitude le plus possible et répliqua :
– Vous devrez faire le transport d’une escouade de dix soldats, étant donné que nous ne connaissons pas la nature réelle de la coupure des communications.
Je répondis un peu plus défiante cette fois :
– Je ne me suis pas engagée pour faire du transport de troupes militaires.
Virgil répondit sèchement :
– C’est pour assurer votre sécurité.
Une fois sa réponse donnée, Virgil me lança un regard insistant qui voulait probablement dire : ce n’est pas le moment de miner ma crédibilité.
Un homme assis vers l’avant leva un bras métallique. Il était possible de voir que son cou était lui aussi synthétique, il devait être lourdement modifié. Un Sur-mesure avec des modifications cybernétiques : un peu de surcompensation, le monsieur? Il avait le crâne rasé et une voix profonde. Virgil le pointa d’un geste de la tête pour lui donner la parole en disant, contrarié :
– Oui, Mox?
La tension entre les deux hommes était palpable, Virgil n’était clairement pas satisfait d’avoir cet homme sous ses ordres. L’homme mi-machine, mi-humain prit la parole :
– Qu’est-ce qu’on fout avec une « Reg » comme pilote? Elle ne semble pas vouloir être ici et est-ce qu’on peut seulement lui faire confiance? Directrice Jasveer n’approuverait pas vos choix.
Puis, en se tournant vers moi, Mox me fixa de ses yeux modifiés en ajoutant :
– Aussi bien la remplacer par un meilleur pilote de l’Alliance, j’en connais plusieurs qui feraient beaucoup mieux le travail. En fait, n’importe lequel.
Oh le connard! Certains soldats ont ricané. Celui à mes côtés détourna son regard, mal à l’aise de la situation. Mox me servit un large sourire satisfait. Malgré son visage parfait, il me dégoûtait déjà. Je le fusillai du regard.
En plus de me sous-estimer, il m’avait traité de Reg, le diminutif de « régulier », un terme dénigrant utilisé par les Sur-mesures pour désigner les gens nés naturellement, sans modifications génétiques et mécaniques. Il avait osé aller jusque-là et j’allais être sous le commandement de cet imbécile durant la mission.
Mon corps était rempli d’une énergie explosive qu’il peinait à contenir. Je ne savais pas ce que j’avais le plus envie de faire, quitter la salle brusquement ou rester faire la mission pour emmerder cet idiot prétentieux.
Image du D-Fly à venir